Les Ecrits du Sensei
Cette rubrique vous donnera l'occasion de lire ce que notre Sensei pense, explique sur certains sujets.
Le Respect
Définition du dictionnaire :
« souci de ne pas porter atteinte à quelque chose. Considération que l’on a pour quelqu’un ».
Le respect est une des règles primordiales des arts martiaux. Sans le respect, aucun apprentissage pédagogique et technique n’est possible.
Le respect se doit à son professeur, mais aussi envers ses amis et partenaires avec qui l’on travaille. Refuser de travailler avec un pratiquant que l’on n’estime pas, est un manque de respect qui va à l'opposé du bien fondé des arts martiaux.
Ce respect, on le montre à travers le salut que l’on donne à son professeur et à ses partenaires. Le respect, on le doit également au lieu où l’on travaille les arts martiaux, c’est-à-dire le « DOJO ». Même si de nos jours la propriété d’un local ne signifie rien pour beaucoup, autrefois, la terre et la maison étaient le bien le plus précieux des hommes à qui elles appartenaient. C’est pour cela que l’on doit le respect aux endroits qui servent de dojo, lieu où l’on apprend à se dépasser techniquement, physiquement et psychologiquement.
Le respect se donne aux personnes que l’on apprécient, mais ce n’est pas pour autant que l’on doit mépriser et haïr ceux que l’on déteste. Au contraire, il faut leur montrer un certain respect, qui consiste à se comporter en gentlemen pour notre époque, ou en chevalier, pour nous Européens, qui correspond à une époque plus lointaine où les arts martiaux en Asie en étaient seulement au début d’une grande évolution que nous avons la chance de voir et de pratiquer aujourd’hui.
C’est encore une marque de respect envers les fondateurs asiatiques, morts aujourd’hui, que de pratiquer un art martial, car cela permet de faire vivre leur dévouement et leur respect qu’ils avaient pour la vie.
En effet, les pratiquants d’arts martiaux sont là pour apprendre à connaître leur corps et également pour apprendre à se défendre, c’est-à-dire respecter leur vie et celles des autres, et non pour faire du mal à quiconque. On ne doit pas seulement le respect aux pratiquants d’arts martiaux, mais à toutes les personnes vivantes sur cette terre, que ce soit nos parents, notre famille, nos amis, nos professeurs, nos voisins, et j’en passe car le monde est rempli d’êtres humains.
Le respect se doit aussi à la Nature et à la Vie, car sans elle l’homme ne serait pas là.
Je reviens sur le respect que nos ancêtres avaient par rapport à la terre et la maison qui leur appartenaient. Ils respectaient la terre en la travaillant durement, et celle-ci leur rendait bien, car la terre leur donnait la nourriture dont l’homme a besoin pour survivre. Sans respect de la nature et de la vie, l’homme ne serait plus. D’ailleurs, l’homme a déjà commencé à ne plus respecter cette nature, et l’homme le paye, car des espèces végétales et animales disparaissent, mais cela est un autre sujet !
Il ne faut pas oublier que le respect est la manière de garder l’estime de soi. Si l’on manque de respect à quelqu’un ou à quelque chose, c’est envers soi que l’on manque de respect.
Je terminerais en citant un proverbe : « le respect des autres commence par le respect de soi-même ».
Sensei Gérald Lebeaux
Ceinture Noire 1er DAN
Mai / juin 2003
La Ceinture
Comme le disait le plus grand pratiquant d’arts martiaux, Bruce LEE, "la ceinture ne sert qu’à tenir le pantalon du kimono". Mais pour beaucoup de pratiquants, et cela quelque soit le style que l’on pratique, on porte une grande importance à la couleur de sa ceinture. Mais une ceinture orange de Goshin-jutsu est-elle plus valorisante qu’une ceinture orange de karaté, de judo ou tout autre style ?
La réponse à cette question, est qu’il faut pratiquer le style qui nous permet d’être bien dans sa peau et en harmonie avec notre cerveau, notre mode de vie !
Nombre de pratiquants sont impatients d’obtenir le grade supérieur, et cela le plus rapidement possible, mais chaque pratiquant est différent physiquement, physiologiquement et psychologiquement. Trois points de notre être, qui permettent à chacun d’évoluer différemment, donc d’obtenir la ceinture peut-être avant son camarade, ou après ! Mais cela ne veut pas dire que l’on est plus mauvais ou meilleur, mais tout simplement que chacun à ses compétences.
Il est dommage de voir certains de nos élèves arrêter l’art martial parce qu’il échoue à un passage de grade. Lorsque cela se produit, c’est que l’élève doit encore s’améliorer. Il faut persévérer pour obtenir la technique qui nous fait défaut, c’est comme cela que l’on progresse sur le tatami et dans la vie. Si l’on échoue, c’est que notre corps n’a pas atteint la compréhension du niveau requit, et si l’on décide d’arrêter suite à un échec à un grade, c’est que notre cerveau et notre ego ont encore moins compris la pratique et l’utilité des arts martiaux.
Pour nous Européens, la ceinture ne sert qu’à motiver les pratiquants et montrer l’évolution de sa propre pratique.
Pour finir, la pratique d’un art martial ou d’un sport doit avant tout permettre de se référer au dicton suivant :
MENS SANA IN CORPORE SANO
UN ESPRIT SAIN DANS UN CORPS SAIN
Sensei Gérald Lebeaux
Ceinture Noire 2e Dan
2004/2005
Mémoire présenté pour un grade au sein de la FIAMT
Diversité et efficacité technique
Les arts martiaux sont nés, selon les écrits, il y a 4000 ans en Chine. Tout au long de ces siècles les hommes se sont affrontés, avide de conquêtes, de richesses et de pouvoirs. Et quand on lutte, chaque être humain cherche à survivre. C’est l’une des raisons qui ont fait que les hommes, et notamment ici, les Maîtres d’arts martiaux ont cherché à améliorer le style de défense qu’ils pratiquaient et enseignaient. C’est ainsi que différents styles sont nés, en fonction de chaque fondateur, de ses expériences, de ses aptitudes physiques.
L’origine géographique et l’histoire du pays en question permettront également la naissance de styles d’arts martiaux. Je prendrais comme exemple la Capoeira qui a été créé par les esclaves noirs d’Amérique qui, afin de ne pas être vu par leur maitre, simulaient une danse. Mais cette danse est bel et bien un style martial puisqu’il sert à se défendre et qu’il est codifié.
Différents arts martiaux ont donc vu le jour, comme avec Jigoro Kano, Fondateur du Judo, qui s’est axé sur les projections. Gichin Funakoshi, Fondateur du Karaté, développa une défense sur les frappes pieds et poings avec différents blocages des attaques de l’adversaire. Ueshiba Morihei, Fondateur de l’Aïkido, développa une défense sur l’esquive des attaques tout en se servant de la force de l’adversaire pour le maitriser.
Voici quelques exemples de styles d’arts martiaux les plus connu, mais il en existe une multitude, et surtout à notre époque du 21e siècle.
Dans chaque style d’arts martiaux, il existe différentes techniques. Pourquoi ? Tout simplement car l’on ne subit pas qu’une manière d’être attaquée, qu’il n’existe pas qu’un seul type de morphologie d’être humain et que les agressions peuvent être en sus exécutées avec une arme, tranchante ou non. Puis il peut y avoir plusieurs agresseurs. Un point important aussi, le ou les agresseurs ne pratiquent peut-être pas les arts martiaux, et dans ce cas, les attaques seront données de façons désordonnées et « bâtardes ». Il est donc nécessaire d’apprendre, de pratiquer et de perfectionner différentes techniques.
C’est le premier point de mon titre : la diversité !
Celle-ci est importante afin d’avoir « un dictionnaire » corporel et cérébral. J’ai constaté au fil de mes années d’enseignements que chaque personne ne peut effectuée telle ou telle technique. Et tout simplement car, soit son corps ne le peut physiquement, soit son intellect n’arrive pas à l’assimiler ! Ou même les deux raisons. Il y a aussi la différence de morphologie et de sexe qui interfère sur la possibilité de réaliser et réussir une technique.
Puis la diversité technique, ce « dictionnaire », permet de pouvoir réagir en fonction de l’agression, car il existe bien évidemment, différentes manières de frapper, d’agresser une personne. Si l’on enseignait une seule technique, cette dernière ne serait peut-être pas la bonne réponse à l’agression. Et dans ce cas, il est fort possible de finir à l’hôpital ou d’y laisser la vie. Principalement si l’agresseur est armé d’une arme tranchante. Dans ce type d’agression, la première règle que j’enseigne à mes élèves, est de fuir. Car sortir indemne d’une telle agression est très très délicat.
Cette diversité technique permet aussi, et surtout à nous les occidentaux, de voir, de changer régulièrement d’apprentissage. L’on sait très bien que chez nous, en Occident, l’on se lasse vite. Nous n’avons pas le même mental que les orientaux, qui sont capables de rester sur l’apprentissage de la même technique durant plusieurs semaines, mois ou années. Si l’on enseignait à la manière Asiatique, nos Dojos seraient vite vides ! La mise en place des ceintures de couleurs est d’ailleurs typiquement occidentale, et ce afin que nos élèves n’attendent pas des années entre la ceinture blanche et la ceinture marron.
Il est donc nécessaire, voire essentiel d’avoir dans nos Dojos une grande palette technique. Et celle-ci résultera selon le style d’arts martiaux que l’on enseigne. Si je prends l’exemple du karaté que j’ai pratiqué durant 5 ans, le programme technique est composé de différentes frappes, blocages et katas. Le « dictionnaire » du style karaté ne comprend pas de clés, projections, travail au sol, immobilisation de l’adversaire, travail avec et contre armes blanches, etc. Après ce qui va changer durant l’apprentissage, ce sont les enchainements que l’on va travailler, et le perfectionnement du catalogue de techniques. Toutes ces énumérations afin de seulement démontrer que la diversité technique dépend aussi du style d’art martial choisi par le pratiquant. Je ne mets en avant aucun style d’arts martiaux, aucun style n’est meilleur que l’autre. Le Bushidoka doit trouver le style qui lui convient, tout comme je l’ai fait dans les premières années de ma pratique.
La diversité technique permet aussi de travailler différentes parties de notre anatomie, et ainsi sculpter son corps. Encore une fois, si notre corps est bien développé musculairement et cérébralement, notre défense sera plus efficace.
Je vais reprendre l’exemple du style karaté. Si un karatéka se fait projeter, son corps et son intellect n’ont jamais subi durant les entrainements au Dojo, car cela ne fait pas partie de la palette technique. Donc il faudra un certain temps au cerveau pour assimiler ce type d’agression, et ensuite pouvoir réagir et se défendre. Dans un combat, la moindre seconde et même centième de seconde est importante. Plus notre dictionnaire technique sera gros, plus notre corps sera physiquement travaillé, plus notre personne pourra réagir vite et efficacement lors d’une agression.
La diversité technique est aussi pour nous les Senseis, une manière d’être constamment à la recherche d’un nouveau travail technique et ainsi ne pas stagner et enseigner sans cesse la même chose. En tout cas, cela est mon cas, j’aime chercher de nouvelles approches pour exécuter les différentes techniques de défenses. Diversifier les enchainements, afin de faire travailler régulièrement et différemment mon corps et mon intellect, et donc celui des Bushidokas de mon Dojo. Ces changements réguliers permettent à notre cerveau d’enregistrer les multiples façons que notre corps et celui de notre adversaire ont comme réaction. Et ainsi comment adapter la meilleure manière de réaliser et appliquer notre défense.
La diversité des techniques permet aussi une recherche spirituelle. Car à travers ces multiples techniques l’on prend de l’assurance, une confiance en soi et cela est important pour un pratiquant en art martiaux, mais aussi pour la vie de tous les jours. Mais ceci est un autre sujet.
Deuxième point de mon titre : l’efficacité !
Etre efficace est primordial, car lors d’une agression, notre vie est en jeu et il faut agir, réagir très vite et bien évidemment efficacement. Il est clair que les techniques et enchainements que l’on pratique dans plusieurs styles d’arts martiaux sont trop longs et qu’en sus cela serait irréalisable, ou tout du moins très complexe à mettre en œuvre pendant l’agression. La pratique dans le Dojo s’effectue, dans de nombreuses disciplines, avec un partenaire. Et celui-ci reste stoïque la plupart du temps quand on met en application la technique. Surtout si l’on désire appliquer des atémis, qui ne seront pas portés pour préserver notre partenaire technique. Donc dans ce cas, pratiquer une technique est facile et réalisable. Mais l’agresseur ne se laissera pas faire !
Il existe des techniques de défense et notamment des atémis qui mettent un adversaire hors de service dès la première seconde. Mais on aura vite fait le tour de ce qu’il faut travailler. Et donc, l’on revient au fait que nous les occidentaux, on arrêterait vite la pratique.
Les endroits corporels qui mettent un agresseur hors de service rapidement sont la gorge, le nez, les yeux, le plexus solaire, les parties génitales, le genou. Toutes ces zones sont bien évidemment sensibles. Y travailler sans cesse des frappes afin d’être sûr de notre efficacité le moment opportun, n’est pas bon à la longue pour notre corps, même si l’on dose de petites touches. Et à notre époque, les êtres humains ne savent plus encaisser les coups. Nous vivons dans un monde où nos foyers sont devenus trop confortables, ce qui engendre un manque de résistance à la dureté, un manque à savoir encaisser. Travailler donc sans cesse ces zones pourrait chasser de nos Dojos nos élèves, voir faire marche arrière aux nouveaux qui viendraient assister à un cours !
Il est important de noter que lors d’une défense contre une agression, si l’on frappe une de ces zones sensibles et que notre adversaire garde des séquelles, il est possible que la justice nous condamne. En ce qui concerne la légitime défense, la France a encore des progrès à faire sur la législation, mais ceci est également un autre point !
Malgré ces points négatifs, il faut tout de même aborder la défense sur ces points importants si l’on veut avoir une chance de sortir le plus indemne possible d’une agression. Il est donc primordial pour un Sensei de parler de ces zones de frappes, de les inclure dans son travail technique. Cela sera aux pratiquants de faire attention lors des frappes à ces endroits.
Un point positif à notre époque, nous avons plus de possibilité d’avoir du matériel pour travailler les frappes, afin qu’elles deviennent efficaces. Nous disposons maintenant de mannequin sur socle qui copie en majorité le corps humain. A mes débuts, il y aura bientôt 30 ans, on travaillait sur des sacs de frappes. Il est moins évident de visualiser la zone exact à frapper sur un sac, ce qui peut interférer le jour J, faire paniquer le pratiquant qui se défend. Surtout si celui-ci ou celle-ci pratique depuis peu. Et même si un bushidoka a des années de pratique, car il ne faut surtout pas oublier le facteur « peur » qui fait perdre beaucoup de nos moyens physique et psychologique. D’autres facteurs sont aussi à prendre en considération à ce moment délicat. Nous pourrions être en mauvaise forme physique, être moralement un peu déprimé, être accompagné de notre compagne ou compagnon, ou de nos enfants, etc. Tous ces facteurs seront à prendre en compte, et cela en quelques secondes, voire moins.
Un point très important à mon avis, est que même si l’on travaille à chaque entrainement que les techniques efficaces et sur un partenaire humain, l’on ne sait jamais quand on sera agressé. Et ce jour durant lequel notre être physique et spirituel sera agressé, nous ne serons peut-être pas en état physique et psychique. Et de ce fait, malgré les nombreuses heures passées dans notre Dojo, nous ne serons pas en état de nous défendre efficacement !
Dans ce cas, c’est à ce moment précis que notre « dictionnaire » technique nous sera utile afin de tenter de nous sortir de cette situation très délicate. Il est à noter aussi que le « facteur » chance fera parti du combat et du résultat.
L’efficacité technique ne peut être abordée dans les Dojos que pour des pratiquants adultes. Ces techniques efficace et même dévastatrice si l’on donne toute sa puissance, ne sont pas à enseigner aux enfants et adolescents. La diversité technique et la « simplicité » sont donc ce que l’on va leur enseigner. Cela va leur permettre un bon développement cognitif, de développer leur corps, leur confiance en soi et affronter les difficultés de leur vie.
S’il existait une ou quelques techniques efficaces répondant à 100 % à toutes les agressions, il n’existerait qu’un style d’art martial enseigné. Mais cela n’est pas le cas, car le corps humain et l’être humain sont complexes. Que nous ne sommes pas des androïdes, toujours au maximum de ses capacités et avec un ordinateur à la place du cerveau. Ordinateur qui a des réponses programmées. Notre cerveau est constamment en fonctionnement et réagit à l’instant T.
Pour conclure, diversité et efficacité sont à mon sens comme le Yin et le Yang. L’un ne va pas sans l’autre et l’un est dans l’autre.
Il faut être capable de frapper à l’essentiel, mais aussi avoir une palette technique. Il faut être capable de réagir à l’agression. Parfois on pourra être rapide et terminer le combat en 1 ou 2 secondes. Parfois on devra être capable de pouvoir sortir d’une agression plus longue, si dans ce cas notre être n’est pas mis hors service voire mort. Voici pour la partie similaire côte à côte du yin et du yang.
Pour ce qui est d’être efficace très vite dans notre défense, la palette technique nous confère une assurance, utile pour réagir promptement. Et quant à notre palette technique, il faut toujours chercher l’efficacité. Voici pour la partie où le yin est dans le yang et le yang est dans le yin.
Je terminerais sur un point important, que l’on pratique les arts martiaux, ou un autre sport. Il est essentiel de prendre du plaisir car cela procure de bonnes énergies qui sont très positives pour le corps et l’esprit. L’avantage dans les arts martiaux est le côté d’apprendre des techniques de défenses et le côté spirituel pour celles et ceux qui désirent approfondir ce dernier point….
Renshi Gérald Lebeaux
Ceinture Noire 4e Dan Goshindo
Ceinture Noire 1er Dan Karaté Shotokan
Le 11 juin 2023.
Créez votre propre site internet avec Webador